TravauxPublié le 8 juin 2026

Propriétaire refusant d'effectuer des travaux de réparation indispensables

Votre logement présente une fuite importante, un chauffage en panne depuis plusieurs semaines, ou une infiltration qui se détériore à vue d'œil — et…

Besoin d’une mise en demeure ou d’un dossier de justificatifs clair ? Préparez gratuitement votre démarche.

Propriétaire refusant d'effectuer des travaux de réparation indispensables

Introduction

Votre logement présente une fuite importante, un chauffage en panne depuis plusieurs semaines, ou une infiltration qui se détériore à vue d'œil — et votre propriétaire ne répond pas à vos demandes ? Cette situation est malheureusement fréquente, et elle n'est pas sans recours.

En droit français, le bailleur a une obligation légale d'entretenir le logement qu'il met en location. Il ne s'agit pas d'une simple recommandation, mais d'une obligation inscrite dans la loi du 6 juillet 1989, qui encadre les relations entre locataires et propriétaires. Dès lors que des travaux indispensables à la décence ou à la sécurité du logement sont nécessaires, le propriétaire est tenu d'intervenir, que le locataire le sollicite ou non.

Face au silence ou au refus du bailleur, le locataire n'est pas démuni. Plusieurs démarches progressives permettent de faire valoir ses droits, depuis la simple relance écrite jusqu'au recours judiciaire en passant par la commission départementale de conciliation ou le tribunal. La mise en demeure constitue souvent l'étape charnière : elle formalise la demande, fixe un délai et marque le début du compte à rebours légal.

Cet article vous guide pas à pas pour comprendre vos droits, savoir comment réagir et, si nécessaire, forcer votre propriétaire à agir.


À retenir

  • Le propriétaire est légalement tenu d'assurer la décence et la bonne conservation du logement.
  • Les travaux indispensables (chauffage, étanchéité, sécurité électrique) relèvent de sa responsabilité, pas du locataire.
  • Un refus ou un silence du bailleur peut être contesté par voie amiable ou judiciaire.
  • La mise en demeure est une étape clé avant tout recours.
  • Le locataire ne peut pas, sauf exception légale, retenir ses loyers sans risquer une procédure d'expulsion.
  • Des organismes comme l'ADIL ou la commission de conciliation peuvent aider gratuitement.

Que faire immédiatement ?

  • Constater les désordres avec des photos datées et des écrits circonstanciés
  • Relire votre bail pour vérifier les clauses relatives aux travaux et à l'entretien
  • Adresser une première demande écrite au propriétaire (e-mail, courrier simple)
  • Conserver une copie de toutes vos communications
  • Si la situation persiste, envoyer une mise en demeure en recommandé avec accusé de réception
  • Contacter l'ADIL (Agence Départementale d'Information sur le Logement) pour un conseil gratuit
  • Signaler le logement insalubre à la mairie ou à la préfecture si la situation met votre santé en danger

Dans quels cas cette situation se produit-elle ?

Les litiges relatifs aux travaux refusés par un propriétaire sont variés. On retrouve notamment :

Les pannes affectant le confort essentiel :

  • Chauffage collectif ou individuel défaillant en hiver
  • Chauffe-eau hors service depuis plusieurs semaines
  • Fenêtres cassées ou hors d'usage empêchant toute isolation

Les problèmes d'étanchéité et d'humidité :

  • Infiltrations d'eau par la toiture ou les murs
  • Moisissures récurrentes liées à des défauts structurels (et non à un défaut d'aération du locataire)
  • Dégâts des eaux non réparés après sinistre

Les risques pour la sécurité :

  • Installation électrique vétuste ou dangereuse
  • Escalier ou plancher instable
  • Absence de détecteur de fumée non fourni par le bailleur

Les défauts de décence :

  • Logement sans eau courante ou sans sanitaires conformes
  • Superficie insuffisante au regard des critères légaux de décence
  • Absence d'éclairage naturel suffisant

Dans tous ces cas, la loi impose au propriétaire d'intervenir. Le refus ou l'inaction constitue un manquement à ses obligations contractuelles et légales.


Quels sont vos droits ?

La loi du 6 juillet 1989, qui régit les baux d'habitation, impose au bailleur une obligation d'entretien du logement. Le propriétaire doit remettre un logement décent à la signature du bail, mais aussi maintenir cet état de décence tout au long de la location.

Les travaux dits "de grosses réparations" relèvent du propriétaire (article 606 du Code civil pour les travaux structurels). À l'inverse, les petites réparations locatives — détaillées par le décret du 26 août 1987 — incombent au locataire. Il est donc essentiel de bien distinguer les deux catégories.

Lorsque des travaux urgents ou indispensables sont nécessaires, le locataire peut :

  • Demander leur exécution par écrit, en fixant un délai raisonnable
  • Saisir la commission départementale de conciliation
  • Demander au tribunal judiciaire de condamner le bailleur à réaliser les travaux, avec éventuellement une astreinte journalière
  • Dans les cas graves, faire constater l'insalubrité via les autorités compétentes (mairie, ARS, préfecture)

BON À SAVOIR :

Le locataire ne peut pas unilatéralement décider de retenir ses loyers pour forcer le propriétaire à agir. Cette pratique, bien que compréhensible, expose à une procédure d'expulsion pour impayés. Seul un juge peut autoriser une consignation ou une réduction de loyer. En revanche, il est possible, dans certains cas, de faire exécuter les travaux urgents aux frais du propriétaire, après autorisation judiciaire.


Faut-il envoyer une mise en demeure ?

La mise en demeure est souvent présentée comme un simple formalisme. En réalité, elle joue un rôle central dans les litiges locatifs : elle prouve que le propriétaire a bien été informé, qu'un délai lui a été accordé, et qu'il n'a pas réagi. C'est ce document qui permettra au juge d'évaluer la mauvaise foi du bailleur.

Elle est également parfois nécessaire pour déclencher certaines procédures (saisine du tribunal, signalement administratif). En pratique, envoyer une mise en demeure bien rédigée incite souvent le propriétaire à agir, simplement parce qu'il comprend que la situation est prise au sérieux.

SituationMise en demeure recommandée ?Pourquoi
Première relance après silenceNon obligatoire, mais utileFormalise la demande
Refus explicite du bailleurOuiConstitue une preuve opposable
Situation urgente (sécurité, froid)Oui, rapidementDéclenche l'obligation d'agir
Avant saisine du tribunalOui, indispensableJustifie le recours judiciaire
Signalement d'insalubritéRecommandée en parallèleRenforce le dossier

Le délai accordé dans la mise en demeure doit être raisonnable au regard de la nature des travaux. Pour une urgence (chauffage en panne en hiver), 48 à 72 heures peuvent suffire. Pour des travaux plus complexes, 15 à 30 jours sont généralement admis.


Comment rédiger une mise en demeure efficace ?

Une mise en demeure efficace doit être claire, précise et factuelle. Elle ne sert pas à exprimer votre mécontentement, mais à fixer un cadre juridique solide.

Elle doit contenir :

  • Vos coordonnées complètes et celles du propriétaire
  • La référence précise du logement concerné (adresse, numéro de lot si applicable)
  • La description détaillée des désordres constatés (avec mention des dates de signalement antérieurs)
  • Le fondement juridique de votre demande (obligation d'entretien du bailleur)
  • Un délai précis pour l'exécution des travaux
  • La mention des suites envisagées en cas de non-réponse (saisine du tribunal, signalement aux autorités, etc.)

Elle doit être envoyée par courrier recommandé avec accusé de réception, afin de disposer d'une preuve de la date d'envoi et de réception.

ATTENTION :

Une erreur fréquente consiste à envoyer une mise en demeure trop vague, sans décrire précisément les travaux demandés ni fixer de délai. Un courrier qui dit simplement "je vous demande de faire les réparations nécessaires" n'a que peu de valeur juridique. Soyez précis : décrivez chaque désordre, mentionnez les dates de vos précédentes relances, et indiquez clairement ce que vous attendez et pour quand.


Que faire si la mise en demeure reste sans réponse ?

Malgré une mise en demeure bien rédigée, il arrive que le propriétaire continue de ne pas agir. Dans ce cas, plusieurs voies s'offrent à vous, selon la gravité de la situation et vos priorités.

Les solutions amiables :

  • Saisir la commission départementale de conciliation (CDC) : gratuite, elle permet d'obtenir un accord sans passer devant le juge. Le résultat n'est cependant pas exécutoire.
  • Contacter l'ADIL de votre département pour un accompagnement personnalisé et gratuit.
  • Faire appel à un médiateur ou à une association de défense des locataires.

Les recours judiciaires :

  • Saisir le tribunal judiciaire du lieu du logement pour demander la condamnation du propriétaire à réaliser les travaux, avec éventuellement une astreinte par jour de retard.
  • Demander au juge une réduction de loyer proportionnelle à la privabilité de jouissance (si le logement est partiellement inutilisable).
  • En cas de danger immédiat, saisir le juge des référés pour une décision rapide, en quelques jours.

Les signalements administratifs :

  • Signaler le logement à la mairie (service hygiène et santé) ou à l'Agence Régionale de Santé (ARS) si des risques pour la santé sont avérés.
  • Une procédure d'insalubrité peut contraindre le propriétaire à réaliser les travaux, sous peine d'astreinte administrative.

Quels documents conserver ?

  • Photos datées des désordres constatés (prises régulièrement pour montrer l'évolution)
  • Copies de tous les courriers et e-mails envoyés au propriétaire
  • Accusés de réception des courriers recommandés
  • Réponses écrites du propriétaire (ou absence de réponse documentée)
  • Devis d'artisans attestant de la nature et du coût des travaux nécessaires
  • Constats d'huissier si la situation est grave ou contestée
  • Rapports de services municipaux ou de l'ARS en cas de signalement
  • Témoignages écrits de voisins ou de tiers ayant constaté les désordres

Exemples concrets

Exemple 1

Situation : Marie est locataire d'un appartement à Lyon. En décembre, la chaudière tombe en panne. Elle prévient son propriétaire par téléphone, puis par e-mail. Trois semaines plus tard, toujours rien. La température dans l'appartement descend sous les 15°C.

Résolution : Marie envoie une mise en demeure par recommandé en décrivant la panne, les dates de ses relances et en accordant un délai de 5 jours ouvrés. Elle joint des photos et un rapport de température. Face à ce courrier, le propriétaire mandate un plombier-chauffagiste la semaine suivante. Sans cette mise en demeure formelle, les échanges auraient pu s'éterniser encore plusieurs semaines.


Exemple 2

Situation : Karim habite un logement à Bordeaux avec une infiltration d'eau persistante sous la fenêtre du salon. Il a signalé le problème à plusieurs reprises depuis huit mois. Le propriétaire reconnaît le problème mais reporte systématiquement l'intervention, arguant d'un agenda chargé.

Résolution : Karim saisit la commission départementale de conciliation. Une séance de médiation est organisée, à l'issue de laquelle le propriétaire s'engage par écrit à faire réaliser les travaux dans un délai d'un mois. Le procès-verbal de conciliation, bien que non exécutoire, constitue une base solide si le bailleur ne respecte pas cet engagement et qu'une procédure judiciaire doit suivre.


Exemple 3

Situation : Fatima loue un logement à Marseille dont l'installation électrique est ancienne et présente des risques (prises qui chauffent, disjoncteur qui saute fréquemment). Un électricien consulté à titre personnel confirme la dangerosité du réseau. Le propriétaire refuse de financer une mise aux normes, estimant que le logement est "en état".

Résolution : Fatima envoie une mise en demeure avec le devis de l'électricien en annexe et signale parallèlement la situation à la mairie. Les services techniques municipaux effectuent une visite et confirment les risques. Un arrêté de mise en conformité est pris. Le propriétaire, sous peine d'astreinte administrative, fait réaliser les travaux dans le délai imparti.


Questions fréquentes

Vous trouverez ci-dessous les réponses aux questions les plus couramment posées sur ce sujet, pour vous aider à y voir plus clair selon votre situation.

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Questions fréquentes

À savoir avant d’agir

En cas de panne de chauffage en hiver, il s'agit d'une situation urgente qui engage la responsabilité du bailleur. Vous devez d'abord adresser une demande écrite (e-mail ou SMS avec confirmation) en précisant la date de panne et les conséquences sur votre confort. Si aucune réponse ne vient sous 48 à 72 heures, envoyez une mise en demeure par courrier recommandé avec accusé de réception, en accordant un délai bref et en mentionnant les recours envisagés. En parallèle, vous pouvez contacter l'ADIL ou saisir le juge des référés du tribunal judiciaire pour obtenir une décision rapide. Il est déconseillé de retenir vos loyers sans autorisation judiciaire préalable.
Non, en principe. La retenue unilatérale de loyer est risquée et peut être retournée contre vous : le propriétaire pourrait engager une procédure d'expulsion pour impayés, même si votre démarche est compréhensible. Ce que vous pouvez faire, en revanche, c'est saisir le tribunal judiciaire pour lui demander d'autoriser une consignation du loyer ou d'ordonner une réduction de loyer provisoire dans l'attente des travaux. Le juge peut aussi accorder une astreinte au propriétaire par jour de retard. La voie judiciaire, bien qu'un peu plus longue, est nettement plus sécurisée que la retenue directe.
La distinction repose sur la loi du 6 juillet 1989 et le décret du 26 août 1987. Les réparations locatives à la charge du locataire concernent l'entretien courant : remplacement des joints, entretien du chauffe-eau, nettoyage des canalisations, petites réparations des équipements mis à disposition. En revanche, les travaux importants liés à la vétusté, à la structure du bâtiment ou à la sécurité relèvent du propriétaire : réfection de toiture, remplacement de la chaudière vétuste, mise aux normes électriques, réparation des infiltrations structurelles. En cas de doute, l'ADIL peut vous orienter gratuitement, et un devis d'artisan mentionnant la cause du problème (vétusté vs usage normal) peut aider à trancher.
Un logement indécent ne respecte pas les critères minimaux fixés par le décret du 30 janvier 2002 : superficie insuffisante, absence de chauffage, infiltrations importantes, installation électrique dangereuse, etc. Dans ce cas, le locataire peut saisir le tribunal judiciaire pour contraindre le bailleur à effectuer les travaux de mise en conformité. Un logement insalubre est une notion plus grave, définie par le Code de la santé publique : il présente des risques pour la santé ou la sécurité des occupants. La procédure passe alors par les autorités administratives (mairie, ARS, préfecture), qui peuvent imposer des travaux sous astreinte administrative voire prononcer un arrêté d'insalubrité. Les deux démarches ne sont pas exclusives et peuvent être menées en parallèle.
Non, la contrainte financière du propriétaire n'est pas un motif légalement reconnu pour se soustraire à son obligation d'entretien. Le bailleur, en louant un logement, s'engage à maintenir celui-ci en état de servir à l'usage auquel il est destiné. Si les travaux sont nécessaires, il est tenu de les réaliser, quelles que soient ses contraintes personnelles. En revanche, la situation peut évoluer différemment si les travaux sont d'une ampleur telle qu'ils remettraient en cause la viabilité économique du bien : dans ce cas, d'autres procédures (résiliation du bail, relogement) peuvent être envisagées, mais c'est au juge d'en décider, pas au propriétaire seul.
Le délai dépend de la nature et de l'urgence des travaux. Pour une situation urgente mettant en jeu la sécurité ou le confort essentiel (chauffage en hiver, fuite importante, danger électrique), un délai de 48 à 72 heures peut être justifié. Pour des travaux importants mais moins urgents, un délai de 15 à 30 jours est généralement considéré comme raisonnable par les tribunaux. Il est important que le délai accordé soit proportionné : un délai trop court pourrait être considéré comme abusif, tandis qu'un délai trop long pourrait affaiblir votre dossier en cas de recours. Précisez toujours la date limite dans votre mise en demeure.
Références juridiques

Références juridiques utiles

Code civil, Article 1103

Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits.

Source officielle

Code civil, Article 1217

Liste les sanctions possibles en cas d’inexécution contractuelle.

Source officielle

Code civil, Article 1344

Définit les formes de la mise en demeure du débiteur.

Source officielle
Voir aussi

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