TravauxPublié le 8 juin 2026

Installation électrique non conforme après rénovation

Vous venez de faire rénover votre logement et, au moment de la réception des travaux ou peu après, vous constatez que l'installation électrique présente…

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Installation électrique non conforme après rénovation

Introduction

Vous venez de faire rénover votre logement et, au moment de la réception des travaux ou peu après, vous constatez que l'installation électrique présente des anomalies : prises sans terre, tableau électrique vétuste non remplacé, absence de différentiel, fils apparents ou mal protégés. Vous vous demandez ce que vous pouvez faire et si l'artisan est responsable.

Une installation électrique non conforme n'est pas un simple désagrément esthétique. Elle expose les occupants à des risques réels : électrocution, incendie, invalidation de l'assurance habitation. En France, les travaux électriques doivent respecter la norme NF C 15-100, qui encadre l'ensemble des installations électriques dans les locaux à usage d'habitation.

Lorsqu'un artisan réalise des travaux de rénovation électrique, il est tenu d'une obligation de résultat : le travail doit être conforme aux normes en vigueur à la date d'exécution. Si ce n'est pas le cas, vous disposez de recours, à condition d'agir dans les bons délais et avec les bons documents.

Cet article vous explique vos droits, les démarches à suivre, et comment utiliser la mise en demeure pour obtenir la correction des malfaçons ou une indemnisation.


À retenir

  • Une installation électrique doit respecter la norme NF C 15-100.
  • L'artisan est responsable des malfaçons pendant au moins 2 ans après la réception des travaux (garantie de parfait achèvement et garantie biennale).
  • Un constat de non-conformité par un électricien indépendant ou un organisme de contrôle (Consuel, bureau de contrôle) renforce considérablement votre dossier.
  • La mise en demeure est une étape clé avant tout recours juridique.
  • En cas de risque immédiat, vous pouvez faire appel à un autre artisan sans attendre, sous réserve de respecter certaines conditions.
  • L'assurance dommages-ouvrage peut intervenir si elle a été souscrite avant les travaux.

Que faire immédiatement ?

  • Photographier tous les défauts constatés (prises, tableau, passages de câbles, luminaires, etc.) en datant les clichés
  • Ne pas tenter de corriger vous-même les anomalies, au risque de perdre vos droits
  • Rassembler le devis, le contrat signé, les factures, et tout échange écrit avec l'artisan
  • Faire intervenir un électricien indépendant ou demander un contrôle Consuel pour obtenir un rapport de non-conformité
  • Contacter l'artisan par écrit pour lui signaler les anomalies et lui demander une intervention
  • Envoyer une mise en demeure en recommandé avec accusé de réception si l'artisan ne répond pas

Dans quels cas cette situation se produit-elle ?

Les non-conformités électriques après rénovation concernent des situations très variées. Voici les plus fréquentes :

Lors d'une rénovation partielle :

  • L'artisan n'a remplacé qu'une partie du tableau sans mettre l'ensemble aux normes
  • Des prises ont été posées sans liaison équipotentielle (mise à la terre)
  • Les circuits ne sont pas protégés par des disjoncteurs différentiels adaptés

Lors d'une rénovation complète :

  • L'installation ne satisfait pas à la norme NF C 15-100 pourtant obligatoire
  • Le nombre de prises par pièce est insuffisant selon les règles en vigueur
  • Les câbles ne sont pas protégés mécaniquement ou passent dans des fourreaux inadaptés

Après un contrôle ou une vente :

  • Le diagnostic électrique révèle des anomalies non déclarées par l'artisan
  • Un sinistre (incendie, court-circuit) met en évidence la malfaçon
  • Un acheteur découvre la non-conformité lors de l'acquisition du bien rénové

Quels sont vos droits ?

Dès lors que des travaux électriques ont été confiés à un professionnel, vous bénéficiez de plusieurs protections légales.

La garantie de parfait achèvement (article 1792-6 du Code civil) oblige l'artisan à corriger toutes les malfaçons signalées dans l'année suivant la réception des travaux, qu'elles aient été notées sur le procès-verbal de réception ou signalées par lettre recommandée ultérieurement.

La garantie biennale couvre pendant deux ans les éléments d'équipement dissociables de la construction — ce qui inclut certains équipements électriques comme les tableaux ou les prises.

La garantie décennale (article 1792 du Code civil) s'applique si la malfaçon compromet la solidité de l'ouvrage ou le rend impropre à sa destination. Une installation électrique dangereuse rendant le logement inhabitable peut relever de cette garantie, valable dix ans.

En dehors de ces garanties légales, la responsabilité contractuelle de droit commun (articles 1231 et suivants du Code civil) permet d'agir si l'artisan a manqué à ses obligations contractuelles.

BON À SAVOIR : Même si vous avez signé un procès-verbal de réception sans réserve, vous pouvez toujours signaler des défauts cachés dans l'année qui suit, à condition qu'ils n'étaient pas visibles lors de la réception. Une non-conformité électrique dissimulée dans des gaines ou des boîtiers fermés est considérée comme un défaut non apparent.


Faut-il envoyer une mise en demeure ?

La mise en demeure est souvent la démarche la plus efficace avant d'envisager une procédure judiciaire. Elle formalise votre demande, fixe un délai et crée une trace juridique exploitable devant un tribunal ou lors d'une médiation.

SituationMise en demeure recommandée ?
L'artisan ne répond pas à vos appels ou messagesOui, immédiatement
L'artisan reconnaît le problème mais tarde à intervenirOui, pour fixer un délai précis
Vous êtes encore dans la période de garantieOui, pour interrompre les délais de prescription
Un sinistre est survenu à cause de la malfaçonOui, en complément de la déclaration assurance
Vous envisagez une procédure judiciaireOui, elle est souvent exigée comme préalable

La mise en demeure doit être envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception. Elle doit clairement identifier les travaux concernés, décrire les non-conformités constatées, mentionner les bases légales (garantie de parfait achèvement, biennale, etc.), et fixer un délai raisonnable pour intervenir — généralement 15 à 30 jours.


Comment rédiger une mise en demeure efficace ?

Une mise en demeure efficace n'est pas un simple courrier de mécontentement. Elle doit être précise, factuelle et juridiquement fondée.

Les éléments indispensables :

  • Vos coordonnées complètes et celles de l'artisan
  • La date et le numéro du devis ou contrat
  • La description précise des malfaçons (avec référence aux photos et au rapport de contrôle si disponible)
  • La mention des garanties légales applicables (parfait achèvement, biennale, décennale)
  • Un délai de réponse et d'intervention clair
  • La mention des suites envisagées en cas de non-réponse (saisine du tribunal, expertise judiciaire, etc.)

Joindre en annexe :

  • Les photos datées des anomalies
  • Le rapport du contrôleur ou de l'électricien indépendant
  • Les copies des échanges précédents avec l'artisan

ATTENTION : Ne faites pas corriger les malfaçons par un autre artisan avant d'avoir envoyé la mise en demeure et obtenu soit un refus d'intervention, soit l'écoulement du délai imparti. Dans le cas contraire, vous risquez de perdre votre recours contre l'artisan initial, sauf urgence dûment justifiée et constatée par huissier.


Que faire si la mise en demeure reste sans réponse ?

Si l'artisan ne donne pas suite dans le délai imparti, plusieurs options s'offrent à vous.

Les voies amiables :

  • Saisir le médiateur de la consommation dont dépend l'artisan (obligation légale pour les professionnels depuis 2016)
  • Contacter la chambre des métiers ou la fédération professionnelle de l'artisan (FFB, FFIE, etc.)
  • Tenter une conciliation devant le tribunal judiciaire, gratuite et rapide pour les litiges simples

Les recours judiciaires :

  • Saisir le tribunal judiciaire pour les litiges supérieurs à 10 000 € ou le juge des contentieux de la protection pour les montants inférieurs
  • Demander une expertise judiciaire pour établir officiellement les non-conformités et chiffrer les réparations
  • Faire appel à votre assurance protection juridique, si vous en disposez, pour prendre en charge les frais de procédure

En cas de danger immédiat (risque d'incendie, défaut grave), vous pouvez faire intervenir un autre électricien en urgence. Pensez à faire constater l'état initial par un huissier avant toute intervention.


Quels documents conserver ?

  • Photos datées des non-conformités constatées
  • Devis signé et contrat de travaux
  • Factures et bons d'intervention
  • Rapport de contrôle Consuel ou d'un électricien indépendant
  • Tous les échanges écrits avec l'artisan (SMS, emails, courriers)
  • Copie de la mise en demeure envoyée et accusé de réception
  • Procès-verbal de réception des travaux (avec ou sans réserves)
  • Déclaration de sinistre si un incident s'est produit

Exemples concrets

Exemple 1

Situation : M. Dupont fait rénover entièrement son appartement, y compris l'électricité. Six mois après la réception, le diagnostic obligatoire réalisé pour une mise en location révèle plusieurs anomalies : absence de disjoncteur différentiel 30 mA en tête de tableau, prises sans terre dans la salle de bain. L'artisan, contacté par téléphone, promet d'intervenir mais ne se manifeste plus.

Résolution : M. Dupont fait établir un rapport par un électricien indépendant, puis envoie une mise en demeure en recommandé avec accusé de réception, invoquant la garantie de parfait achèvement. Il fixe un délai de 21 jours. L'artisan intervient dans le délai imparti et met l'installation aux normes sans frais supplémentaires.


Exemple 2

Situation : Mme Martin confie la réfection électrique de sa maison à un auto-entrepreneur. Deux ans après les travaux, un court-circuit provoque un début d'incendie. L'expert mandaté par son assureur constate que le câblage ne respectait pas les sections minimales imposées par la norme NF C 15-100.

Résolution : Mme Martin est encore dans le délai de la garantie biennale. Elle envoie une mise en demeure à l'artisan et saisit en parallèle son assurance protection juridique. L'expert judiciaire confirme la malfaçon. L'artisan est condamné à rembourser les frais de remise en conformité et les dommages causés par le sinistre.


Exemple 3

Situation : M. et Mme Lefebvre achètent un appartement récemment rénové. Lors de l'emménagement, un électricien mandaté pour poser des luminaires signale des anomalies importantes : tableau non conforme, absence de liaison équipotentielle dans la salle de bain, protection insuffisante sur les circuits cuisine. Le vendeur avait présenté une facture d'artisan comme preuve de la rénovation.

Résolution : Les acquéreurs sont dans les délais de la garantie décennale vis-à-vis de l'artisan ayant réalisé les travaux. Ils adressent une mise en demeure à l'artisan et engagent une action en responsabilité contractuelle contre le vendeur pour vices cachés sur la base des articles 1641 et suivants du Code civil. Une médiation permet d'aboutir à une prise en charge partielle des travaux de mise en conformité.


Questions fréquentes

Vous trouverez ci-dessous les réponses aux questions les plus posées sur ce sujet. Chaque situation étant différente, n'hésitez pas à consulter un professionnel du droit pour un conseil adapté à votre cas.

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Questions fréquentes

À savoir avant d’agir

Commencez par documenter les anomalies avec des photos datées et faites établir un rapport par un électricien indépendant ou demandez un contrôle Consuel. Contactez ensuite l'artisan par écrit pour lui signaler les non-conformités. S'il ne répond pas ou refuse d'intervenir, envoyez une mise en demeure en recommandé avec accusé de réception, en invoquant la garantie de parfait achèvement si vous êtes dans la première année suivant la réception des travaux. En cas d'inaction persistante, vous pouvez saisir le médiateur de la consommation ou le tribunal judiciaire.
Plusieurs délais coexistent selon la nature du défaut. La garantie de parfait achèvement court pendant un an à compter de la réception des travaux : elle oblige l'artisan à corriger toutes les malfaçons signalées dans ce délai. La garantie biennale couvre pendant deux ans les équipements dissociables comme les tableaux électriques ou les prises. La garantie décennale s'applique pendant dix ans si la malfaçon rend le logement impropre à sa destination ou compromet sa solidité — une installation électrique dangereuse peut y être rattachée. Enfin, la responsabilité contractuelle de droit commun peut être invoquée dans un délai de cinq ans à compter de la découverte du dommage.
En principe, non : faire corriger les travaux par un tiers avant d'avoir donné à l'artisan la possibilité d'intervenir risque de vous faire perdre votre recours contre lui. Il est fortement conseillé d'envoyer d'abord une mise en demeure avec un délai d'intervention, puis d'attendre sa réponse. La seule exception concerne l'urgence avérée : en cas de danger immédiat (risque d'incendie, installation susceptible de provoquer un accident), vous pouvez faire intervenir un autre artisan à condition de faire constater l'état de l'installation par un huissier avant toute intervention, ce qui vous permettra de prouver l'état initial.
Oui, c'est un risque réel. En cas de sinistre lié à une installation électrique non conforme (incendie, dégât des eaux suite à un court-circuit), votre assureur peut invoquer la non-conformité pour réduire ou refuser l'indemnisation, en s'appuyant sur la notion de faute ou de risque aggravé non déclaré. Il est donc dans votre intérêt de faire constater et corriger rapidement toute non-conformité. Si la malfaçon est imputable à l'artisan, il est possible de se retourner contre son assurance responsabilité civile décennale pour obtenir réparation des dommages non couverts par votre propre assureur.
La preuve repose essentiellement sur des éléments techniques. Le moyen le plus solide est de faire réaliser un rapport de non-conformité par un organisme agréé ou un électricien qualifié indépendant, en précisant les écarts par rapport à la norme NF C 15-100 en vigueur. Le rapport Consuel, délivré lors de la mise en service d'une installation neuve ou rénovée, peut également attester d'une non-conformité si l'avis défavorable a été émis. En complément, les photos datées, les échanges écrits avec l'artisan et les devis ou contrats précisant la nature des travaux commandés constituent des preuves utiles en cas de litige.
En cas de contestation de l'artisan, la solution la plus efficace est de demander une expertise amiable contradictoire : les deux parties font appel à un expert, ou un expert commun est désigné, pour établir un état des lieux objectif. Si aucun accord n'est trouvé, vous pouvez saisir le juge des référés pour demander une expertise judiciaire. Ce type d'expertise permet d'établir officiellement les non-conformités, d'en identifier la cause et d'en chiffrer le coût de remédiation. Le rapport d'expertise judiciaire a une valeur probatoire forte devant le tribunal en cas de procès ultérieur.
La responsabilité de l'artisan peut être atténuée si vous lui avez expressément demandé de ne pas remplacer certains éléments — par exemple, de conserver l'ancien tableau électrique et de ne travailler que sur les circuits. Dans ce cas, il peut invoquer le fait que la non-conformité résulte d'une demande contractuelle précise du client. Cependant, l'artisan professionnel a une obligation de conseil : il aurait dû vous alerter par écrit sur les risques liés à une rénovation partielle laissant subsister des éléments non conformes. S'il ne l'a pas fait, sa responsabilité reste engagée au moins partiellement.
Références juridiques

Références juridiques utiles

Code civil, Article 1103

Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits.

Source officielle

Code civil, Article 1217

Liste les sanctions possibles en cas d’inexécution contractuelle.

Source officielle

Code civil, Article 1344

Définit les formes de la mise en demeure du débiteur.

Source officielle
Voir aussi

Ressources complémentaires

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