ImmobilierPublié le 9 juin 2026

Humidité et moisissures dans un logement locatif

L'humidité et les moisissures sont l'un des problèmes les plus fréquents dans les logements locatifs en France. Taches noires sur les murs, odeurs…

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Humidité et moisissures dans un logement locatif

Introduction

L'humidité et les moisissures sont l'un des problèmes les plus fréquents dans les logements locatifs en France. Taches noires sur les murs, odeurs persistantes, condensation sur les fenêtres… Ces désagréments ne sont pas qu'esthétiques : ils peuvent avoir de sérieuses conséquences sur la santé des occupants, notamment des troubles respiratoires, des allergies ou des infections fongiques.

Face à cette situation, locataires et propriétaires ne savent pas toujours qui doit agir, qui doit payer, et comment régler le problème durablement. La réponse dépend en grande partie de l'origine de l'humidité : s'agit-il d'un défaut de construction, d'une infiltration par la toiture, ou d'une mauvaise ventilation liée aux habitudes du locataire ?

En droit français, la loi du 6 juillet 1989 encadre les relations entre bailleurs et locataires. Elle impose au propriétaire de délivrer un logement décent, sans humidité nuisant à la santé. Dans certains cas, une mise en demeure devient le seul moyen de forcer l'action. Cet article vous guide pas à pas pour comprendre vos droits, identifier les responsabilités et agir efficacement.


À retenir

  • Le bailleur a l'obligation de remettre un logement décent, exempt d'humidité selon les critères légaux de décence.
  • La responsabilité de l'humidité peut être partagée entre le propriétaire et le locataire selon l'origine du problème.
  • Une infiltration, un vice de construction ou une absence de ventilation adéquate relève en principe du propriétaire.
  • Une condensation liée à un défaut d'aération quotidien peut engager la responsabilité du locataire.
  • La mise en demeure est une étape clé avant tout recours judiciaire ou saisine d'une commission.
  • Des organismes comme la CAF, l'ADIL ou le tribunal judiciaire peuvent intervenir en cas de blocage.

Que faire immédiatement ?

  • Photographier ou filmer les zones touchées (murs, plafonds, fenêtres, placards) avec horodatage
  • Relever la date d'apparition et noter l'évolution des dégâts dans un journal
  • Vérifier le contrat de bail et l'état des lieux d'entrée pour identifier ce qui était déjà présent
  • Informer le propriétaire ou le gestionnaire par écrit, même par simple message écrit conservé
  • Vérifier si le logement dispose d'une VMC fonctionnelle et si les grilles d'aération ne sont pas obstruées
  • Envoyer une mise en demeure formelle si le bailleur ne réagit pas dans un délai raisonnable
  • Conserver tous les échanges (SMS, e-mails, courriers, accusés de réception)

Dans quels cas cette situation se produit-elle ?

Les problèmes d'humidité dans un logement locatif peuvent avoir des origines très diverses. Identifier la cause est essentiel pour déterminer qui doit agir.

Problèmes imputables au bailleur :

  • Infiltrations depuis la toiture, les gouttières ou les façades mal entretenues
  • Remontées capillaires en sous-sol ou en rez-de-chaussée
  • Défaut d'isolation thermique entraînant de la condensation structurelle
  • Absence ou dysfonctionnement de la ventilation mécanique contrôlée (VMC)
  • Dégât des eaux non traité dans les parties communes ou les appartements voisins
  • Pont thermique dû à un défaut de construction ou de rénovation

Situations pouvant impliquer le locataire :

  • Absence d'aération quotidienne des pièces humides (salle de bain, cuisine)
  • Séchage du linge à l'intérieur sans ventilation suffisante
  • Obstruction délibérée des grilles de ventilation
  • Negigence constatée sur une longue durée sans signalement

Situations mixtes :

  • Logement partiellement humide dès l'entrée, aggravé par les habitudes du locataire
  • Moisissures apparues après des travaux réalisés par le locataire

Quels sont vos droits ?

Pour le locataire :

La loi du 6 juillet 1989 impose au bailleur de délivrer et de maintenir un logement décent. Le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 précise les critères de décence, dont l'absence d'humidité nuisant à la santé des occupants. Si le logement présente des moisissures importantes, des infiltrations ou une humidité anormale, le locataire peut :

  • Exiger la réalisation des travaux nécessaires
  • Saisir la commission départementale de conciliation
  • Solliciter une réduction de loyer si le logement est impropre à l'habitation
  • Engager une action en justice pour contraindre le bailleur à agir

Pour le propriétaire :

Si l'humidité résulte d'un manquement du locataire à ses obligations (aération, entretien courant), le bailleur peut :

  • Mettre en demeure le locataire de remédier à la situation
  • Retenir tout ou partie du dépôt de garantie pour les réparations locatives à la fin du bail
  • Engager une action en responsabilité si les dégradations sont avérées

BON À SAVOIR :

Si vous êtes locataire et que votre propriétaire refuse d'intervenir malgré plusieurs relances, vous pouvez saisir l'Agence Régionale de Santé (ARS) ou la mairie. Ces organismes peuvent diligenter une inspection du logement et, en cas d'insalubrité constatée, ordonner des travaux obligatoires au propriétaire — voire l'arrêté de péril si la situation le justifie.


Faut-il envoyer une mise en demeure ?

La mise en demeure est un courrier formel qui marque officiellement le début d'une procédure. Elle n'est pas obligatoire mais constitue une étape fortement recommandée avant tout recours judiciaire. Elle oblige l'autre partie à réagir dans un délai fixé et constitue une preuve précieuse en cas de litige.

SituationMise en demeure recommandée ?Délai suggéré
Bailleur ne répond pas aux relances oralesOui8 à 15 jours
Travaux promis mais non réalisésOui15 à 30 jours
Locataire refuse d'aérer malgré les rappelsOui8 à 15 jours
Humidité constatée à l'état des lieux d'entréeOui, immédiatementImmédiatement
Dégât des eaux récent déclaré à l'assuranceNon (procédure assurance)
Sinistre déclaré mais propriétaire passifOui15 jours après déclaration

Avantages :

  • Donne une date officielle de mise en connaissance du problème
  • Démontre votre sérieux et votre bonne foi
  • Peut suffire à débloquer la situation sans procédure judiciaire
  • Ouvre la voie à d'autres recours si elle reste sans réponse

Limites :

  • Elle ne remplace pas une expertise ou un constat d'huissier en cas de litige sérieux
  • Elle ne suspend pas le paiement du loyer de façon automatique (la retenue de loyer sans décision judiciaire est risquée)

Comment rédiger une mise en demeure efficace ?

Une mise en demeure efficace doit être claire, précise et formelle. Elle doit contenir :

  • Vos coordonnées complètes (nom, adresse, qualité de locataire ou de propriétaire)
  • Les coordonnées du destinataire
  • La date et le lieu de rédaction
  • La description précise du problème constaté (localisation, nature, date d'apparition)
  • Les démarches déjà effectuées (rappels oraux, échanges écrits antérieurs)
  • La demande claire : réalisation des travaux, réponse écrite, etc.
  • Un délai de réponse raisonnable (en général 8 à 15 jours)
  • La mention des recours envisagés en cas d'absence de réponse

Elle doit être envoyée par courrier recommandé avec accusé de réception. Conservez impérativement une copie.


ATTENTION :

Une erreur fréquente consiste à cesser de payer le loyer pour faire pression sur le propriétaire. Cette démarche est juridiquement risquée : sans décision de justice l'y autorisant, le locataire s'expose à une procédure d'expulsion pour impayés, même si la cause première est l'insalubrité du logement. Évitez cette pratique sans avoir préalablement consulté un conseiller juridique ou l'ADIL de votre département.


Que faire si la mise en demeure reste sans réponse ?

Si le bailleur ou le locataire ne réagit pas dans le délai imparti, plusieurs voies sont possibles.

Solutions amiables :

  • Saisir la commission départementale de conciliation (CDC) — gratuite, accessible à tous les locataires et propriétaires
  • Faire appel à un médiateur de la consommation ou un conciliateur de justice
  • Contacter l'ADIL (Agence Départementale d'Information sur le Logement) pour un conseil juridique gratuit

Recours administratifs :

  • Signaler le logement à l'ARS (Agence Régionale de Santé) si l'insalubrité est avérée
  • Déposer un signalement auprès de la mairie pour déclencher une inspection
  • En cas d'insalubrité reconnue, le préfet peut ordonner des travaux ou interdire l'occupation du logement

Recours judiciaires :

  • Saisir le tribunal judiciaire (juge des contentieux de la protection) pour obtenir une injonction de travaux
  • Demander une expertise judiciaire pour établir l'origine de l'humidité
  • Réclamer une indemnisation pour préjudice de jouissance si l'habitabilité est réduite

La procédure judiciaire peut être longue. Mieux vaut privilégier la conciliation dans un premier temps, tout en documentant chaque étape soigneusement.


Quels documents conserver ?

  • Photos et vidéos datées des zones humides ou moisies
  • Copies de tous les échanges écrits (e-mails, SMS, courriers)
  • Accusés de réception des courriers recommandés
  • Contrat de bail et état des lieux d'entrée
  • Rapport de diagnostic technique si existant
  • Devis ou factures de travaux effectués
  • Constats d'huissier si réalisés
  • Courriers ou rapports de l'ARS, de la mairie ou d'un expert
  • Ordonnances médicales en lien avec les problèmes de santé causés par l'humidité

Exemples concrets

Exemple 1

Situation : Marie est locataire depuis deux ans dans un appartement du centre-ville. Des moisissures sont apparues dans la salle de bain et dans la chambre en hiver. Elle a signalé le problème verbalement à son propriétaire, sans résultat depuis quatre mois.

Résolution : Marie prend des photos horodatées, rédige une mise en demeure envoyée en recommandé avec accusé de réception, précisant un délai de 15 jours pour obtenir une réponse écrite et un engagement sur les travaux. Le propriétaire réagit et mandate un artisan. La VMC était défectueuse depuis plusieurs mois — les travaux sont réalisés à ses frais.


Exemple 2

Situation : Un propriétaire remarque lors d'une visite que son locataire sèche systématiquement son linge dans l'appartement et que les grilles de ventilation sont obstruées par du papier. Des moisissures sont apparues sur plusieurs murs.

Résolution : Le propriétaire adresse une mise en demeure au locataire lui rappelant ses obligations d'entretien et d'aération, avec un délai de 8 jours pour remédier à la situation. Il précise que les dégradations constatées pourront être imputées au dépôt de garantie en fin de bail. Le locataire corrige ses habitudes et débouche les grilles. Un accord amiable permet d'éviter tout recours judiciaire.


Exemple 3

Situation : Un couple emménage dans un logement et constate dès les premières semaines des traces d'humidité sous les fenêtres et en pied de mur, non signalées dans l'état des lieux. Le propriétaire affirme que le problème vient du comportement des locataires.

Résolution : Le couple contacte l'ADIL, qui les conseille de saisir la commission de conciliation. Un expert mandaté par la commission conclut à un défaut d'isolation thermique préexistant. Le propriétaire est contraint de réaliser les travaux d'isolation et d'indemniser les locataires pour les mois passés dans un logement dégradé.


Questions fréquentes

Les situations liées à l'humidité et aux moisissures soulèvent de nombreuses questions pratiques. Voici les réponses aux interrogations les plus courantes rencontrées par locataires et propriétaires.

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Questions fréquentes

À savoir avant d’agir

Non, cesser de payer votre loyer sans autorisation judiciaire est risqué. Même si votre logement présente de l'humidité, le non-paiement du loyer peut entraîner une procédure d'expulsion pour impayés. La bonne démarche est d'adresser une mise en demeure à votre bailleur, puis de saisir la commission départementale de conciliation ou le tribunal judiciaire. Le juge peut alors ordonner les travaux et, dans certains cas, autoriser une consignation du loyer ou accorder une réduction de loyer rétroactive.
L'origine de l'humidité est déterminante. Si elle provient d'une infiltration par la toiture, d'une remontée capillaire, d'un défaut de VMC ou d'un problème d'isolation, la responsabilité incombe au propriétaire. En revanche, si l'humidité est liée à une aération insuffisante, au séchage du linge en intérieur ou à des grilles de ventilation obstruées, le locataire peut être tenu pour responsable. En cas de doute, un expert ou un constat d'huissier peut établir l'origine exacte du problème.
Si le logement est reconnu insalubre par l'Agence Régionale de Santé (ARS) ou la mairie, le préfet peut émettre un arrêté d'insalubrité imposant des travaux obligatoires au propriétaire. Pendant cette période, le loyer peut être suspendu. Si le logement est déclaré irrémédiablement insalubre, le relogement du locataire est à la charge du propriétaire. Le locataire peut également demander une indemnisation pour le préjudice subi.
Oui, mais uniquement si le propriétaire peut prouver que les dégâts sont imputables à la négligence du locataire (absence d'aération, obstruction des grilles de ventilation, etc.) et non à un défaut du logement. L'état des lieux de sortie doit être comparé à l'état des lieux d'entrée. Si les moisissures existaient déjà à l'entrée, le propriétaire ne peut pas les imputer au locataire. Des photos et un constat d'huissier permettent d'objectiver la situation.
La loi ne fixe pas de délai unique. Le délai mentionné dans la mise en demeure doit être raisonnable au regard de la nature des travaux. Pour une réparation simple (déblocage de VMC, calfeutrage), 15 jours sont généralement suffisants. Pour des travaux plus importants (traitement de l'humidité structurelle, isolation), un délai de 30 à 60 jours peut être accordé. Si le propriétaire ne réagit pas dans le délai imparti, le locataire peut saisir la commission de conciliation ou le tribunal judiciaire.
Oui, dans des cas graves. Si les moisissures rendent le logement impropre à l'habitation et que le propriétaire refuse d'intervenir malgré des mises en demeure répétées, le locataire peut demander en justice la résiliation du bail aux torts exclusifs du bailleur. Cette démarche doit être engagée devant le tribunal judiciaire. Elle peut s'accompagner d'une demande d'indemnisation pour préjudice de jouissance. Il est recommandé de consulter un avocat ou l'ADIL avant d'engager cette procédure.
Si des membres de votre foyer ont développé des problèmes respiratoires, des allergies ou d'autres troubles liés aux moisissures, faites établir un certificat médical précisant le lien entre les symptômes et les conditions de logement. Ce document peut être produit dans le cadre d'une procédure judiciaire pour appuyer une demande d'indemnisation. Vous pouvez également signaler la situation à l'ARS, qui peut déclencher une inspection sanitaire du logement et appuyer votre démarche auprès du bailleur.
Références juridiques

Références juridiques utiles

Code civil, Article 1103

Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits.

Source officielle

Code civil, Article 1217

Liste les sanctions possibles en cas d’inexécution contractuelle.

Source officielle

Code civil, Article 1344

Définit les formes de la mise en demeure du débiteur.

Source officielle
Voir aussi

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